Rapport de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones : Le constat d’un génocide

Comme le symbolise cette image, pendant que ces deux femmes s’étreignent, la cérémonie de clôture était le moment parfait pour rendre hommage aux femmes et aux filles autochtones disparues et assassinées, de soutenir la guérison des familles, des survivantes et des collectivités métisses, inuit et des premières nations. Photo Darryl Dyck

Gatineau – Le très attendu rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées mène à un fait simple. Il aura tout de même fallu 1192 pages d’études, de discussions, d’effrayantes statistiques et d’analyses pour en conclure, à 122 reprises dans le document, à un épouvantable génocide.

Pour le résumer, le rapport final a été produit grâce aux témoignages de 1484 membres de familles et survivantes, de 83 Gardiens du savoir, d’experts et de représentants gouvernementaux qui se sont généreusement livrés, dans le cadre des 24 audiences qui ont eu lieu en 2017 et 2018 un peu partout au Canada. Il faut aussi compter les 819 personnes qui se sont exprimées par des expressions artistiques.

Recommandations

Le rapport final contient 231 recommandations. En plus de la demande de la reconnaissance des langues autochtones comme des langues officielles, l’une de ces recommandations insiste sur la nomination d’un négociateur national aux droits des Autochtones et aux droits de la personne. Une autre traite de la mise sur pied d’organismes autochtones civils de surveillance de la police. « Comme de nombreux témoins l’ont exprimé, ce pays est en guerre et les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA*** autochtones sont en état de siège », peut-on lire dans l’introduction du rapport. (***Définition des gens 2ELGBTQQIA (bispirituel, lesbienne, gai, bisexuel, trans- genre, queer, en questionnement, intersexe et asexuel).

Des échos d’un océan à l’autre

Partout au pays, de vives réactions se sont fait entendre. Ainsi, Perry Bellegarde, chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN) a jugé qu’une action immédiate et soutenue, en coordination avec les Premières Nations, était essentielle pour mettre sérieusement en œuvre les recommandations. « Des vies sont en jeu. Nous ne pouvons plus attendre pour des actions et des résultats concrets afin d’assurer le respect, la sûreté et la sécurité de toutes les Premières Nations en danger. Ces efforts doivent être coordonnés avec les survivants et leurs familles. Je remercie tous ceux qui ont partagé leurs expériences. Je les remercie pour leur force et leur courage dans cet important exercice de vérité », a déclaré le chef.

Les mots tranchants du chef Picard

Pour sa part, Ghislain Picard, chef de l’APNQL, ne mâche pas ses mots pour dénoncer les crimes et la violence physique et sexuelle envers les femmes des Premières Nations. Selon l’APNQL, les crimes et la violence décrits dans le rapport sont les conséquences directes de politiques planifiées et exécutées par la Couronne tout au long de l’histoire, depuis les premiers contacts. « Chaque crime, chaque cas de violence et chaque cas d’abus sexuel ou physique à l’endroit des femmes et des filles autochtones, peu importe le lieu où elles se trouvent au Canada, est inacceptable et représente un crime de trop. La Couronne doit honorer ses obligations constitutionnelles et fiduciaires, et prendre toutes les mesures nécessaires et urgentes pour assurer la réparation pleine et entière des préjudices infligés à l’ensemble des Premières Nations. Le débat autour du terme génocide ne doit pas nous éloigner de cet enjeu prioritaire qui se trouve au cœur de la solution », a-t-il tranché, après avoir fait référence, pour expliquer ce génocide, aux pensionnats indiens, à la surreprésentation des Autochtones dans le système correctionnel et aux taux élevés de suicide dans les collectivités autochtones.

Mille et un organismes

Plusieurs organisations autochtones, notamment le Regroupement des centres d’amitié, des chefs de communautés, des centres de santé et des personnalités, ont émis des communiqués pour publiciser leurs commentaires suite à la publication du rapport. Or, le mot de la fin revient au premier ministre Trudeau, qui va dans le sens du rapport quant à la gravité de la violence versus les actions canadiennes. « Ceci est un jour inconfortable pour le Canada. Pendant des décennies, des femmes et filles autochtones à travers le Canada ont disparu, été violentées ou tuées, et notre système de justice a échoué. À ce jour, la sécurité et la dignité de mères, filles, sœurs et amies autochtones sont fréquemment menacées. Nous avons entendu que leurs droits humains sont constamment et systématiquement bafoués. C’est honteux. C’est absolument inacceptable. Et cela doit cesser », a affirmé le premier ministre Trudeau.