Pessamit ne tiendra pas d’élections

Le bureau politique de Pessamit. (Crédit : Joyce Dominique)

Le conseil des Innus de Pessamit n’a pas l’intention de tenir des élections le 17 août prochain comme l’exige un jugement de la Cour fédérale. Le chef René Simon, qui en a fait l’annonce lors d’une assemblée populaire dans la communauté, se présentera à la Cour suprême afin de compléter son mandant de quatre ans.

Rappelons qu’en décembre dernier, la Cour fédérale a rendu un jugement invalidant les dernières élections tenues en août 2016, forçant ainsi le Conseil à organiser de nouvelles élections le 17 août prochain. Cela découle de la requête d’un citoyen, Jérôme Bacon St-Onge, qui soulignait que les modifications qui avaient été faites au code électoral en 2015 devaient être approuvées par une majorité selon la loi. Or, selon nos informations, ce référendum avait remporté par seulement deux voix, soit 278 contre 276. La Cour fédérale lui a donc donné raison.

Pourquoi ne pas tenir d’élections ?

Le Conseil des Innus de Pessamit n’a pas désigné de président d’élections comme le prévoit le code électoral de 1994 qui dit que celui-ci doit être nommé au moins deux mois avant la date officielle des élections. Le Conseil considère que les élections qui ont eu lieu en 2016 sont valides, tout comme les modifications qui ont été apportées au code électoral. Le chef René Simon a également évoqué le principe d’autodétermination. Selon lui, en tant que représentant d’une nation, il devrait pouvoir prendre des décisions sans être dépendant du gouvernement et appliquer ce principe d’autodétermination dès maintenant. Selon Jérôme Bacon St-Onge, citoyen à l’origine des démarches juridiques, il s’agit d’une insulte de dénigrer toutes les lois fédérales existantes et l’administration de la justice.

Questionné sur ses démarches, considérant qu’il a été défait aux dernières élections, monsieur Bacon St-Onge indique qu’ « il est faux de prétendre que je fais ça pour mon intérêt personnel. C’est un dossier d’intérêt public qui concerne l’ensemble des membres. […] Mon intérêt, c’est de régulariser une situation qui m’apparaît illégale et des gens me supportent en coulisse parce qu’ils ne veulent pas me donner un support trop visible. » Jérôme Bacon St-Onge ajoute que parmi ses supporteurs, certains sont à l’emploi du Conseil de bande et que ces derniers n’appuient pas publiquement les démarches puisqu’ils ont peur de perdre leur emploi.

« Je défends l’intégrité de notre démocratie qui est sur le point d’être brimée par le Conseil de bande qui dit être au-dessus des lois. » – Jérôme Bacon St-Onge

Un silence complet

Contacté par La Voix des Premières Nations, le bureau politique de Pessamit a indiqué que le Chef ne répondrait pas à nos questions et ne ferait aucun commentaire puisque le dossier était en appel, selon eux. Quant aux autres dirigeants politiques des Premières Nations contactés par le Journal, aucun d’entre eux n’a souhaité s’aventurer à donner leurs commentaires étant donné la sensibilité du sujet.

Jérôme Bacon St-Onge demandera une requête d’urgence pour outrage au tribunal étant donné que le Conseil a ouvertement dit qu’il ne tiendrait pas d’élections comme l’exige le jugement de la Cour. Quant au Conseil de bande, il se dit prêt à aller à la Cour suprême.