Les hommes se prennent en main à Unamen Shipu

Après les dénonciations d’abus sexuel du Père Alexis Joveneau lors de L’enquête sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées à Mani-utenam, en novembre 2017, une grande crise est survenue en mars dernier dans la communauté de Unamen Shipu. un comité d’hommes a décidé de faire un 2e colloque Napeu (Homme) qui a rassemblé près de 85 hommes autour des tables familiales du 7 au 8 septembre 2018.

Louis-Georges Fontaine de Mani-utenam, qui était présent lors de la crise, ainsi que d’autres intervenants ont prêté main forte au gens de la communauté. «Nous avons rencontré des gens pour les traumatismes reliés [aux abus du Père Joveneau]» a-t-il ra- conté. Autant les hommes que les femmes ont été victimes du prêtre.

Suite à cette crise, le comité d’hommes déjà en place, a demandé à M. Fontaine de rester et de prendre l’un des trois postes vacants en intervention, et il a accepté. «Les hommes m’ont demandé de faire une rencontre d’hommes au niveau local». C’est ainsi que le colloque a pris forme.

 

Ces rencontres ont eu lieu dans 10 résidences familiales sous forme de souper rencontre, réunissant près d’une quinzaine d’hommes à chaque endroit. «Ce colloque est une première de ce genre», a fait savoir Louis-Georges. Bien sûr les femmes ne pouvaient pas participer. «Il ne s’agit pas de partir en guerre contre les femmes, mais les hommes voulaient se prendre en main et voulaient s’exprimer sur ce qu’ils vivent quotidiennement», a-t-il rajouté.

Objectifs

Ces rencontres avaient pour but de briser l’isolement des hommes dans les endroits publics de la communauté, de promouvoir leur image de façon positive, de les soutenir dans la prévention et dans la résolution de leurs problèmes personnels, d’offrir de nouveaux services adaptés aux besoins et aux façons de faire des hommes et aussi d’enrayer la toxicomanie et la violence sous toutes ses formes.

Les constats, qu’ils ont pu faire durant ces soupers rencontre, sont que très peu d’hommes travaillaient dans les différents organismes, tels que les garderies, les écoles, la maison des jeunes, le centre de santé. Les hommes n’ont que des emplois saisonniers, comme la pêche, ils reçoivent leur chômage quelque temps puis retombent rapidement sur l’aide sociale. «Ce sont les femmes, en majorité, qui travaillent à l’année», a noté l’intervenant. «On remarque qu’il y plus de gars qui décrochent de l’école que de filles. Celles-ci décrochent aussi, mais elles y reviennent et finissent leurs études. Il y a trois fois plus de diplômés chez les femmes que les hommes». Ce qu’ils ont remarqué aussi, c’est qu’il y a plus de suicide, plus d’accidents et moins d’hommes qui ont la garde de leurs enfants lors d’une rupture.

Solutions

La culture innue doit être un moyen privilégié pour assurer la prise en charge des hommes. « Pour plusieurs, la chasse dure six mois par année ». M. Fontaine a fait savoir que les hommes aimeraient avoir leur centre de thérapie, la communauté a des gros budgets pour la réalisation de ce projet. «Pour les cinq prochaines années, le budget quinquennal dans la santé accordera la priorité à la toxicomanie et la santé mentale».

Les gens comptent beaucoup sur l’ouverture de la route 138 entre Kegaska et Unamen Shipu. «Ils ont dit que ça va aider les jeunes à poursuive leurs études», a rapporté l’intervenant.

Les gens souhaitent un troisième colloque l’an prochain. «Ils disent que ce colloque a été plaisant, mais que ce serait bien de le faire plutôt dans le bois, pas nécessairement loin dans les territoires, mais faire des campement dans les alentours» a conclu Louis-Georges Fontaine.

 

Un rapport sur l’événement sera déposé prochainement au Conseil des Innus d’Unamen Shipu qui en indiquera également les recommandations.