Le maire Porlier s’exprime sur la polémique autour de la construction d’une résidence pour étudiants autochtones

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier.

Paru sur Facebook le 26 juin

« Bonsoir, aujourd’hui mes sentiments étaient partagés. J’aurais dû être heureux, la députée fédérale, Mme Gill me décernait une médaille, parce que disait-elle, elle avait été témoin de mes efforts pour réunir les différents acteurs de la région, autochtones et allochtones pour enfin pouvoir défendre efficacement nos dossiers régionaux, dont notre désenclavement.

En même temps, nous faisions la manchette, affichant notre fermeture à un projet déposé par les Centres d’Amitié Autochtones. Je suis bien attristé de cette histoire et il est clair que nous accompagnerons ce projet jusqu’au bout, peu importe l’endroit où il atterrira. Que veut dire le terme réconciliation si personne n’en est responsable. Qui connaît moindrement l’histoire sait que nous sommes débarqués ici, avons profité de l’hospitalité des peuples autochtones, les avons confinés dans les réserves pour mieux disposer des ressources naturelles dispersées ici et là sur leur territoire. Ensuite, nous les avons regardés de haut en leur reprochant d’être là dans ces réserves où nous les avions confinés à ne rien faire.

Dernière partie de l’histoire, lorsqu’ils décident de sortir de ce mauvais rôle et prendre leur place dans ce modèle que nous leur avons imposé, comble du malheur, on leur reproche de vouloir prendre nos jobs et leur part de l’économie. En parallèle de tout ça, on leur enlève leurs enfants pour les placer dans les orphelinats, on ferme les yeux sur la disparition et la violence faites aux femmes autochtones, etc, etc, etc.

Après tout ça, parler de raciste du bout des lèvres, qu’est-ce que ça veut dire? Le racisme, il est systémique et perdure depuis des décennies. Quand j’entends: ils n’ont qu’à faire comme nous! S’ils avaient fait comme nous et nous avaient servi cette médecine, ferions-nous preuve de cette même résilience où serions-nous là à espérer, voire exiger qu’enfin on nous laisse notre chance?

Malgré tout ce que je viens d’énumérer, ces gens, nos voisins nous accueillent à chaque occasion et nous offre le repas qu’ils ont préparé, parce que l’hospitalité, c’est dans leur nature. Nous avons tous et chacun l’occasion de participer à cette réconciliation ou entretenir le préjugé.

Hier, j’ai vu 5 personnes dédiées à l’amélioration des conditions de vie des familles autochtones sortir complètement bouleversées de cette rencontre où on leur a livré ce message: vous avez un beau projet, mais trouvez un autre endroit pour le faire. Aujourd’hui, c’est tout le Québec qui regarde ce que nous allons faire de ce projet pilote que tous nous voulons exemplaire et respectueux des préoccupations de bon voisinage. Un projet qui rappelons-le vise le retour aux études principalement de femmes autochtones qui souhaitent améliorer leur sort et celui de leur famille.

Nous avons le choix de faire de ce projet un succès en l’améliorant où il peut l’être ou espérer que par miracle le fossé entre nos communautés disparaîtra de lui-même, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire. J’ai choisi de travailler à la réconciliation parce que c’est la seule voie qui peut mener à un avenir prometteur pour nos communautés respectives. J’espère que vous m’y rejoindrez nombreux. La suite des choses se passera avec la population, bien conscient qu’il y a des préoccupations. »—Maire de Sept-Îles, Réjean Porlier