Inauguration d’une murale : Hommage à la cinéaste Alanis Obomsawin

De gauche à droite : rafael sottolichio, artiste muraliste qui a dirigé l’équipe de Mu dans la réalisation de la murale; arnaud Grégoire, artiste de la relève; alanis obomsawin; Meky ottawa, artiste atikamekw qui a conçu l’œuvre.

Montréal – Une murale rendant hommage à la grande cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin a été inaugurée le mois dernier, en plein cœur de l’arrondissement Ville-Marie. Cette œuvre permet de retracer la carrière de cette grande dame qui a toujours milité pour les siens.

L’oeuvre devient la 20e murale de la collection Les bâtisseurs culturels montréalais proposés par MU, un organisme de bienfaisance. Elle devient aussi la quatrième murale de MU mettant en vedette le patrimoine autochtone

Peinte par une artiste autochtone

Pour l’élaboration de l’œuvre, un appel de candidatures dédié aux artistes autochtones a été lancé. Meky Ottawa, une artiste Atikamekw a eu l’honneur d’être choisie. Originaire de Manawan, Meky n’en est pas à sa première œuvre. Elle est devenue artiste de la relève en 2016 et a pu participer au laboratoire médiatique de l’Office National du Film (ONF), avec l’oeuvre ayant pour titre « déranger ». Elle s’est par la suite fait connaître en 2017 lors de sa participation au projet ELLES Autochtones du Musée des Beaux-arts de Montréal, par son installation immersive Kushapetshekan/Kosapitcikan- « épier l’autre monde », réalisée en collaboration avec Eruoma Awashish et Jani Bellefleur-Kaltush. Les médiums qu’elle utilise sont la vidéo, l’illustration et l’installation, afin de traiter de sujets de l’univers autochtone. « Quel cadeau de savoir que l’artiste qui a été choisie fait partie des Premières Nations. Non seulement elle offre sa création, mais celle-ci lui permet en même temps d’apprendre et d’échanger avec un groupe d’artistes experts en art mural », s’est exprimée Alanis Obomsawin.

Souvenir des années 70

La murale a été inspirée par une photo d’Alanis Obomsawin qui a été prise au Festival de folklore Mariposa de Toronto, en 1970. Des enfants ont été peints autour d’elle, à son plus grand bonheur. « Ce sont des enfants de Moose Factory dans le Nord de l’Ontario, à la Baie James qui étaient dans une école résidentielle. À la récréation je jouais avec eux », a expliqué la cinéaste. La directrice générale de MU, Élizabeth-Ann Doyle souligne que « sa lutte pour l’éducation et les droits des enfants rejoint entièrement les valeurs de MU. Alanis Obomsawin fait partie des grandes de ce monde et nous lui témoignons toute notre admiration ».

À propos d’Alanis Obomsawin

Alanis Obomsawin est l’une des plus remarquables réalisatrices autochtones de la planète, ce qui lui a permis d’être reçue commandeure de l’Ordre de Montréal en 2017. Elle a milité toute sa vie pour mettre en lumière et défendre les cultures des Premières Nations en donnant la parole aux Autochtones. « Pour moi, chacun de leurs mots est sacré. Je peux dire que je suis très contente d’entendre les gens parler et que je travaille pour effacer les injustices et faire connaître la vraie histoire de notre pays », a-t-elle confié. Mme Obomsawin a reçu plusieurs mentions d’honneur ces dernières années. Le prix du gouverneur général pour les arts de la scène en 2008 et le prix Albert-Tessier du Québec en 2016. Elle est aussi artiste graveuse, chanteuse et conteuse. Elle a été reçue membre de l’Ordre du Canada en 1983 et grande officière de l’Ordre national du Québec, en 2016.

Un pas vers la réconciliation

La cinéaste constate que depuis ces cinq dernières années, les Canadiens sont plus à l’écoute et souhaitent que justice soit faite envers les peuples autochtones. Ce qu’elle a toujours rêvé pour l’avenir des peuples autochtones se passe en ce moment même. « On va à un endroit où on n’est jamais allé avant. Je suis très reconnaissante du fait que je vis encore pour voir ces changements », s’est-elle réjouie. Pour Meky Ottawa, Alanis Obomsawin a, en quelque sorte, guéri l’image que les gens avaient de nous, les Au- tochtones. De son côté, la mairesse de Montréal démontre également sa volonté de réconciliation. « La Ville poursuit son soutien concernant tout ce qui vise à rétablir une relation plus harmonieuse et plus respectueuse avec les peuples autochtones », a conclu la mairesse, Valérie Plante.