Apuiat : Une entente amère entre Hydro-Québec et les Innus

Un parc éolien. (Crédit : Pixabay)

Le blitz de négociations entre Hydro-Québec et la Nation Innue aura finalement abouti à une entente de principe. Elle devra cependant être approuvée par le conseil d’administration d’Hydro-Québec après l’élection du 1er octobre.

Rappelons qu’Apuiat est un projet de parc éolien de 200 MW comprenant plusieurs partenaires soit les communautés innues, Boralex et RES Canada. Le projet, qui est estimé à 600 M$, permettrait d’importantes retombées économiques sur la Côte-Nord selon les défendeurs du projet.  . Le coût de production pour un kilowattheure devrait être en dessous de 9 cents pour le projet Apuiat alors que dans une centrale hydroélectrique, le coût de production tourne autour de 3 cents le kilowattheure.

Des retombées pour les Innus

Le projet fait partie du processus de réconciliation avec les Autochtones selon le premier ministre sortant, Philippe Couillard. Les redevances seraient partagées entre les Innus et la ville de Port-Cartier, à parts égales. Ces retombées sont actuellement évaluées à 800 millions de dollars, un chiffre qui fait justement partie du débat. La Vérificatrice générale du Québec s’est intéressée à ce projet de parc éolien. Elle a tiré la conclusion que l’achat d’énergie éolienne par Hydro-Québec n’est pas rentable actuellement au niveau financier. Sur les ondes du 98,5 FM à Montréal, Guylaine Leclerc expliquait que ces investissements dans l’éolien ne seraient pas aussi rentables que s’ils étaient faits dans le domaine de l’hydroélectricité. Elle souligne qu’elle n’a pas eu le mandat d’évaluer la rentabilité d’Apuiat mais plutôt d’effectuer une étude sommaire sur la tarification d’Hydro-Québec qui se voulait beaucoup plus large que de cerner un projet en particulier.

Un prix trop élevé pour de l’énergie inutile

Le président-directeur général de la société d’État, Éric Martel émettait quelques semaines avant cette entente des réserves quant au projet. Il écrivait dans une lettre rendue publique malgré lui qu’Apuiat pourrait coûter entre 1,5 et 2 milliards de dollars aux contribuables sur une période de 25 ans. Il estimait que le projet n’était pas d’intérêt en raison des coûts trop élevés en électricité et de l’inutilité de cette dernière. Selon des sources internes à Hydro-Québec, le projet est toujours mal accueilli par la haute direction malgré l’entente de principe. C’est pourquoi lors de la présentation du projet aux membres du conseil d’administration après les élections, Éric Martel devrait exprimer qu’Apuiat n’est pas dans l’intérêt de la Société d’État et des Québécois.

Questionné à savoir ce qu’il adviendra d’Éric Martel s’il est de nouveau porté au pouvoir, Philippe Couillard, qui appuie le projet, a répondu : « On va commencer par faire la campagne électorale et on va réaliser le projet Apuiat. […] Ne croyez plus qu’au 21e siècle, les Premières Nations vont accepter, comme elles l’ont fait pendant des décennies , qu’on aille prélever des ressources naturelles et de l’énergie sur leur territoire ancestral sans qu’elles n’en reçoivent des bénéfices visibles et importants. »

Des avis divergents

Apuiat aura été l’objet d’un débat entre les partis en début de campagne électorale. Si le Parti Libéral du Québec se prêt à réaliser le projet puisqu’il croit aux retombées économiques qu’Apuiat pourrait généré, la Coalition Avenir Québec s’oppose quant à elle au projet, car elle estime que les coûts sont trop élevés et ne serait pas profitable pour le Québec. Au Parti Québécois, on émet certaines nuances en mentionnant que oui, le projet pourrait être réalisé sous leur gouverne, mais à un prix raisonnable.

Malgré l’entente de principe, rien n’est encore certain concernant la réalisation du projet en raison notamment des élections provinciales. Les parties se sont entendus d’attendre qu’un nouveau gouvernement soit élu avant de conclure l’entente en signant le contrat d’achat d’électricité. Le parti qui formera le prochain gouvernement aura également une incidence sur la suite du projet.

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